24 nov. 2015

Costa Magica 2015








Costa Magica
2015



Une croisière qui finit bien














Perpignan est en vue. On aborde le « sanctuaire des cétacés » d'après le journal de bord mais on n'en voit aucun. Il est temps de tirer les conclusions de ce voyage organisé par Costa, la fameuse compagnie qui a coulé son bateau et perdu 32 passagers. La sécurité est douteuse ; l'exercice qui nous a rassemblés au départ cinq par cinq, équipés des gilets de sauvetage, devant les chaloupes dans un joyeux désordre est un modèle d'action inutile pour satisfaire les tracasseries administratives des Hautes Autorités Européennes. On nous a gueulé dans toutes les langues un truc incompréhensible, même dans notre langue natale. Peu importe, on sait bien que si le bateau coule, il y aura certainement quelques survivants, les plus malins, qui auront pris les bonnes décisions sans écouter le commandant. Je rappelle que les morts du Concordia sont ceux qui ont respecté l'ordre de rester dans leur cabine. Nous voguons vers Savone (Italie) en provenance de Valence (Espagne). Le Casino avec sa roulette et ses bandits manchots fonctionne à plein, les boutiques de souvenirs sont ouvertes, le croisiériste insouciant arrivera plumé. Costa a déjà saisi l'empreinte de sa carte bancaire, on ne badine pas avec la sécurité...des paiements.
Alors pourquoi s'obstiner à enrichir Carnival, la maison mère américaine ? Parce que distrait, logé, nourri, abreuvé, la pratique de la croisière est un bouleversant champ d'expérimentation de l'âme humaine. Car, oui, nous possédons une âme, pas toujours bonne, comme le démontreront les observations que je veux rapporter à l'issue de dix années de consommation de ce transport collectif ; deux mille compagnons en moyenne, de toutes nationalités, au minimum une dizaine. Le passager seul est rare, il est presque toujours accompagné de son conjoint, d'un ami, les animaux sont interdits. Une oreille aguerrie reconnaîtra sans difficulté l'italien qui crie, l'allemand qui éructe, le russe qui gronde, le japonais qui papillonne, le français qui écoute la conversation du voisin.
Costa ne lésine pas, elle offre à son client une large panoplie de terrains d'investigation : l'embarquement, les repas, les excursions, le théâtre, le naufrage ( réservé jusqu'à présent aux passagers du Concordia). Les « amecdotes », comme disait Coluche, qui seront rapportées, sont toutes vraies.

L'embarquement

L'embarquement donne lieu à une photo souvenir avec une bouée de sauvetage au nom du navire au premier plan. Costa annonce la couleur ; on est prié de sourire, vite, les passagers suivants dans la file attendent. Puis on vous suspecte de cacher une maladie contagieuse, une super-caméra est braquée sur votre visage pour mesurer votre température. La peur vous gagne. Et si le couple qui vous précède ou celui qui vous suit dissimulait une mauvaise maladie bien qu'il ait explicitement déclaré le contraire dans un formulaire remis avant la photo ? Tout passager de Costa est un tricheur en puissance, une vérité à méditer. Finalement, vous êtes propulsé aux pieds des ascenseurs pour vous lancer à l'assaut de votre cabine. Les vieux routiers de Costa la trouvent, le primo navigateur erre car on lui a confisqué les documents sur lesquels figurait le numéro de sa cabine. Il fallait la noter ou s'en souvenir. Deux malheureux, un homme et une femme plutôt âgés et même français, étaient tombés dans le piège. La dame effondrée traînait un gros sac qu'elle avait oublié de remettre aux bagages. Une occasion unique d'accomplir ma première bonne action. J'observe, grâce à ma vue perçante, que le sac porte une étiquette qui indique le numéro de la cabine. Je leur livre le secret. Ces salauds se prélassaient au pont 6 alors que leur cabine est au minable pont 2. Ils se confondent en remerciements.

Le dîner surprise

L'action consiste à se faire servir un repas par des Philippins (ce mot embrasse tous les serveurs qui sont de provenance asiatique) à la table que Costa vous a assignée, accompagné de six inconnus de même nationalité, en couple le plus souvent. Une table constituée d'amis ou de membres d'une même famille ne répond donc pas au critère de surprise, une table de deux encore moins.
Le service en cabine est sans intérêt pour notre étude. J'évite provisoirement la brutalité des buffets pour me concentrer sur l'aventure humaine la plus excitante qui est évidemment le repas du soir. Je recommande vivement aux néophytes de pénétrer dans le restaurant dès l'ouverture des portes le premier soir pour s'emparer discrètement des deux meilleures places de la table de huit. On tentera de les en déloger ultérieurement mais ils ont déjà pris un avantage. Donc, les trois couples manquants se présentent à la table dans le désordre puisque personne ne se connaît. Un délicat processus d'évaluation réciproque est en marche, certains s'assoient sans dire un mot tellement ils ont le trac, d'autres se répandent en un interminable bavardage, d'autres disent « bonsoir », ce qui n'est pas si mal. Pourra-t-on supporter pendant une dizaine de soirs la vision de ces inconnus ? Pour ce premier soir, c'est foutu mais Costa, fine mouche, a bien compris qu'il faut assurer à ses clients la liberté de fuir une table honnie avant d'en venir aux mains. Le deuxième soir, voire le troisième est marqué par des brassages intenses de convives à la recherche d'humains qui ont une intelligence qui se rapproche de la leur, qu'il considère comme grande. Costa fait des efforts : il évite de mélanger des nationalités, des classes d'âge, des célibataires avec des couples. Ainsi, notre couple octogénaire se retrouvera normalement avec les plus de 60 ans, des ménages de retraités. Avant d'en venir à cette croisière qui résume assez bien le cas général, je règle un cas particulièrement douloureux vécu lors d'une croisière antérieure.
Le sort nous avait octroyé une table de six. Un couple standard se joint à nous ainsi qu'une mère avec son fils d'une vingtaine d'années. Le fils, lourdement handicapé, pousse des cris et grimace à intervalles réguliers. On me regarde, en raison de mon âge, la collectivité environnante pense que je suis le perturbateur. Les vieux ça perd la boule et ça peut crier. Clopin-clopant, on entame la conversation avec le couple normal et la mère. Sylvie, mon épouse, retrouvant ses réflexes d'infirmière, tente d'attirer l'attention du jeune, en vain. Le dessert sonne la délivrance, on se serre la main. Le lendemain soir, le fils est toujours agité, mais le couple normal a disparu. On entame un tête-à-tête éprouvant. À la fin de l'épreuve, on court implorer le maître d'hôtel et toute honte bue, on demande à changer de table. Cette confession me délivrera peut-être de cette mauvaise action.
Je reviens à la classique situation de quatre couples de retraités français qui se découvrent. Premier soir- Tout le monde est assis, un homme avec une large écharpe multicolore autour du cou harangue la table. Il se déclare ingénieur des Arts et Métiers mais n'a jamais dépassé Aix en Provence pour ses études. J'ai un doute. Il déclare au passage que sa femme est musicienne ; elle ne desserre pas les dents, ce n'est pas une rappeuse. Un couple de la région de St Nazaire ( ils l'ont dit en introduction) tente de lui donner la réplique, nous faisons de même. Enfin, le dernier couple est quasiment inexistant, la femme place quelques mots, le mari reste totalement coi.
Deuxième soir- Deux couples ont fui, bon débarras ! On se retrouve en tête à tête avec les sympathiques Bretons. Arrive un drôle d'équipage : une dame très âgée et un homme qui parle fort avec l'accent de Marseille ; peut-être une cougar attardée avec un retraité encore vert. On apprendra avant la fin du repas qu'il s'agit de la mère et de son fils. La mère est en très mauvais état, elle mange mais ne parle à personne. Les yeux au fond des orbites, elle me glace.
Troisième soir – La pseudo cougar et son pseudo amant ont disparu. On retrouve avec soulagement les Bretons, ils ne nous ont pas abandonnés. Débarque un nouveau couple, un peu jeune pour la tranche d'âge. Il semble sain de corps et d'esprit, la suite le confirmera. On a enfin trouvé la configuration stable qu'on préservera avec bonheur jusqu'à la fin de la croisière. La fête peut commencer. Des expériences humaines plus rudes sont à venir aussi je les décris sans attendre pour revenir en final aux dîners apaisés.

Le buffet à volonté

La lutte des classes n'a plus cours dans le navire. Il n'y a pas de hiérarchie mais des cabines plus ou moins privées de lumière du jour, les unes carrément sans fenêtre, les autres avec un hublot et enfin les plus huppées avec un balcon sur la mer. Le prix varie du simple au double. Pour tous les autres services, y compris les repas, l'égalité des droits est de rigueur. Le buffet est à disposition pour le petit déjeuner et le déjeuner. C'est un moment de grande concentration pour le croisiériste qui doit repérer, puis remplir son assiette des mets les plus savoureux et en même temps guetter la table qu'il va pouvoir prendre d'assaut pour poser son butin. Heureusement, tous les protagonistes ne sont pas là en même temps et au même endroit, la lutte se circonscrit le plus souvent à une cinquantaine d'affamés. Certains trichent dans la queue, d'autres salopards ne veulent pas partager les places libres à côté de leur siège. Le combat est parfois féroce. Un abruti vide devant votre nez le plateau de fromages, son assiette déborde, il ne pourra visiblement pas engloutir tout cela. Un assoiffé, équipé d'une gourde, vide le distributeur de boissons. Mais on trouve aussi des gens délicieux qui vous laissent resquiller avec le sourire, vous conseillent sur le bon produit, vous invitent à leur table qui est sous la garde d'un ami. Remarque importante : les cons sont équitablement répartis dans toutes les nationalités, les vieux le sont plus que la moyenne. Une autre vérité saute aux yeux : les gros mangent plus, leurs bras potelés et leur tour de taille conduisent certainement à franchir la barrière du quintal. Pour résumer, je citerai la réflexion que lâcha d'une voix lasse mon voisin de petit-déjeuner, « c'est du pillage ».

Les excursions

Une croisière qui ne s'arrêterait nulle part ne serait qu'un transport. L'amarrage du navire, chaque matin, dans un nouveau port est une invitation à la découverte. La file des autocars alignés sur le quai est impressionnante. Le petit monde des chauffeurs, des guides et des vendeurs à la sauvette s'empresse dans l'attente de l'envol des pigeons...voyageurs. Costa qui ne perd jamais le nord – ce qui est la moindre des choses en navigation- a prévu un large éventail de visites guidées payées d'avance. Dans les salons du bateau, les passagers bardés de leur appareil photo, caméra, smartphone, tablette reçoivent sur leur poitrine le numéro de l'autocar qui les attend. Au signal de l'hôtesse, la ruée vers la sortie du bateau est lancée. C'est une sorte de répétition d'un naufrage, sans chaloupe et sans bouée de sauvetage. Le premier sur la terre ferme court vers l'autocar et se glisse dans les deux places derrière le chauffeur. Cet exploit n'est pas à la portée du premier venu ; en dépit de nombreuses tentatives, je n'ai jamais réussi. J'ai maintenant renoncé à la compétition, je séjourne à l'arrière avec les gros qui se déplacent moins vite.
Costa hésite de moins en moins à placer dans un même véhicule plusieurs nationalités sous la coupe d'un guide multilingue ( ou presque) : français/italien ou bien français/allemand/anglais. Une façon certaine d'attiser les frictions entre les peuples car lorsque le guide parle une langue, ceux qui ne sont pas concernés en profitent pour bavarder si bien qu'on n'entend plus le guide. Les sources de querelles dans un autocar sont nombreuses, si le dossier du siège devant vous peut s'incliner alors attention à vos genoux, si la climatisation fonctionne, il y a peu de chances qu'elle soit à votre goût, le chauffeur privilégie son propre confort. Le guide est plus mesuré, il vise le pourboire. Bref, la richesse d'une excursion en matière d'entraînement à la résolution des conflits explique son prix élevé.

Le théâtre

Chaque soir Costa convie ses gentils membres à un spectacle qui n'a rien à envier à ceux du continent. La salle de théâtre, souvent bien remplie, accueille environ mille personnes. Il n'y a pas de places attitrées, premier arrivé, premier servi. On entre de plain-pied dans « l'extension de la lutte »pour reprendre le titre du livre de Michel Houellebecq. Costa clame, la réservation de places est strictement interdite.
L'observation du comportement des familles démontre que la règle est joyeusement bafouée, souvent par les mêmes, pendant toute la croisière. Ils envoient, sans vergogne, leurs rejetons s'emparer d'un rang. Un soir, excédé de ces comportements, je décidais de porter le fer sur une réservation abusive d'une dizaine de places. Je m'asseyais lourdement au milieu des places vides sous le regard courroucé d'un adolescent qui montait la garde. Il m'injuria copieusement en allemand, je répliquais fermement, en français, que la réservation était interdite, j'ajoutais même « verboten ». L'ado menaçant était hors de lui, j'attendais le combat. Finalement, il m'indiqua ( car je comprends un peu l'allemand) que le châtiment serait bien plus sévère lorsque son père arriverait. Je craignais le pire, son père était peut-être énorme mais j'étais engagé dans la lutte, je devais tenir. Le père surgit, il est baraqué , j'avais raison de craindre le pire. Son fils lui explique la situation, il n'y a plus assez de places pour caser toute la smala. Je transpire légèrement. Le père me regarde longuement, il profère quelques paroles qui semblent peu amènes … et va s'asseoir ailleurs. Je triomphe modestement encadré par le reste de la famille. Décidément, Costa offre des occasions exceptionnelles de confrontation sociale en mode multilingue.

Retour au dîner

Les anecdotes cruelles qui viennent d'être exposées ne doivent pas alarmer le futur croisiériste. Mon impatience et mon manque de charité enveniment les situations. Le buffet est suffisamment renouvelé pour accéder aux nourritures convoitées, la course aux places dans l'autocar n'est pas obligatoire, les actes de bravoure dans le théâtre sont facultatifs. La majorité des passagers est pacifique.
Je reviens donc à ce moment charmant, le repas à 18h15, pont 3, table 3. Trois couples ont décidé de poursuivre l'aventure dînatoire ensemble. Sans attendre, je pose les personnages qui entrent en scène : Françoise, Martine et Sylvie pour les dames, Joseph ( dit Jojo), Jean-Denis et Jean pour les hommes, les trois J. Chacun est avide de tout savoir des autres, mais en avançant prudemment pour ne pas les brusquer. Je n'enregistre pas en douce les conversations si bien que les faits qui seront rapportés, sont le fruit de ma mémoire imparfaite, sélective et injuste. La chronologie qui s'étale sur une dizaine de jours n'est pas strictement respectée, mais le parfum général, oui.
La première question «vous venez d'où ? » est a priori sans danger. Françoise et Jojo, on le sait, viennent de la région de Saint Nazaire, ils sont bretons ; Martine et Jean-Denis habitent près de Perpignan, ils se déclarent normands, ça se complique ; enfin, Sylvie brouille les cartes en indiquant trois régions le Lot, la Savoie, la Côte d'Azur, nos amis ne sauront jamais d'où on vient vraiment. Pour animer la discussion, un vicieux ( ce n'est pas moi) demande « à quelle région est rattaché le Mont-Saint-Michel, Bretagne ou Normandie? ». Jojo et Jean-Denis, piqués au vif, se lancent dans une joute oratoire. Je n'ai aucun avis sur le sujet puisque je n'ai jamais visité ce monument. Finalement, Jojo assène que la rivière qui se jette au pied du Mont a son lit en Bretagne . On trinque pour fêter l'événement. Les Normands confient qu'ils ont passé de nombreuses années à Chambéry. Nous dressons l'oreille, ils connaissent Ugine. Mais que faisaient-ils donc à Chambéry et nous à Ugine se demandent les Bretons. Stupeur, on découvre qu'on a travaillé dans la même compagnie Péchiney à quelque dix années d'intervalle. Alors, comme deux vieux soldats, on évoque les lieux de nos campagnes, Voreppe, le centre de recherche, Jonville, le centre de formation, l'usine d'Issoire, les cuves d'électrolyse de Saint-Jean-de-Maurienne, Gandois le patron du Medef, Besse le patron assassiné. Nous sommes des métallurgistes purs sangs. Le survol du territoire continue. Françoise et Jojo précisent qu'ils n'habitent pas Saint Nazaire. Leur maison, toit de chaume obligatoire, se trouve dans la Brière au bord d'un extraordinaire marais dans lequel on circule en barque. Nous connaissons, on a fait la balade et ils sont très surpris. On évoque Guérande, La Baule, le golf de la Bretêche. Françoise sursaute, son père était palefrenier dans ce domaine, c'est donc une vraie Bretonne. Et son mari ? Surprise : né en France, il est issu d'une famille polonaise de 14 enfants. Il devient le centre de nos investigations.
La description de ses pêches, dans les rivières, dans le marais, dans l'océan donne le vertige. Jean-Denis pêche aussi, ils entament une discussion de haut niveau sur le mérite des différents appâts. Je suis largué, je n'en connais qu'un : le ver de terre. Puis, leur conversation s'engage sur les silures et je comprends finalement qu'ils mangent les poissons-chats. Les seuls poissons que je réussisse à attraper et que je rejetais, dégoûté, à la rivière.
Ils sont aussi chasseurs. Mes exploits cynégétiques sont maigres, deux lapins égarés dans notre propriété du Lot. Jojo décrit son impressionnante collection de têtes d'animaux naturalisées.
Il ne chasse plus, il a maintenant du mal à enjamber les clôtures à cause de ses genoux. Le chapitre des maladies est ouvert.
Les femmes restent silencieuses, elles ont bon pied bon œil. Les hommes se révèlent nettement plus fragiles. Jojo sort au début de chaque repas un pilulier bien garni sous le regard vigilant de Françoise. Son teint de pêche serait, affirme-t-il, trompeur. Il cumule cholestérol, diabète, tachycardie et les genoux « dans le sac » mais il ajoute avec un large sourire qu'il se comporte comme s'il n'avait rien. D'ailleurs à soixante-quinze ans, il se sent comme s'il avait quarante ans. Françoise corrige, quinze ans. Jean-Denis a lui aussi une jambe malade, mais il profite de chaque escale pour faire plusieurs kilomètres à pied dans la ville et souffrir au retour, il est masochiste. Mes genoux vont bien, mais je rejoins le peloton pour le cholestérol et me distingue avec l'hypertension. On échange sur nos médicaments. Question : pourquoi cette usure prématurée des hommes ? Mes deux amis ont été de grands footballeurs, Jean-Denis a aggravé son cas avec la boxe thaïlandaise, l'escrime m'a relativement préservé.
Les langues se délient et on aborde en vrac tous les sujets, le mariage, les enfants, la religion, la politique. Quel bonheur de constater que nos vies sont si proches et si différentes. Nous n'avons pas tout divulgué de nos fêlures, on ment par omission, mais personne n’est dupe. On profite à fond de ce moment privilégié de partage qui sera éphémère. On a quitté Savone et on vogue vers Toulon, notre dernier soir avant le débarquement. On a le cœur un peu serré, on échange nos coordonnées, mais on sait qu'il y a peu de chances qu'on se revoie, Internet peut-être. On est sur le point de se séparer lorsque Martine et Jean-Denis se souviennent brusquement que Jojo nous avait promis de nous montrer ses talents de chanteur. La salle du restaurant est encore pleine de gens qui dégustent leur dessert. Jojo ne se dégonfle pas, il se lève et entonne à tue-tête un air d'opéra. Il chante bien, c'est un ténor et lorsqu'il s'arrête, la salle médusée l'applaudit. Il se rassoit heureux, nous aussi. On s'embrasse. Adieu, les amis.





 Jean Lefèvre

1 commentaire:

Anonyme a dit…

tres beau carnet de bord Papa!!!!!!!!!!on s y croirait vraiment!!!!j adore!!!!!!!!