5 mars 2010

Croisière de Noël 2009



La période de fin d'année est souvent un moment cruel pour les imprévoyants. Ils se retrouvent seuls devant la tranche de foie gras qui leur tombe précisément sur le foie.
La saison peu propice aux voyages sur les autoroutes piégeuses et si fertile en grèves musclées les a enfermés dans une inconfortable solitude. Le remède existe, Sylvie, mon épouse, et moi-même l'avons appliqué. Il suffit de partir en mer sur un bateau robuste entouré de 3800 personnes. On appelle cela la Croisière de Noël dans la bienheureuse entreprise Costa. Peu importe la destination, la tranche de foie gras sera bien là et les quatre autres naufragés des fêtes que Costa aura choisis de placer à votre table constitueront la réelle aventure de votre séjour.
La règle est claire puisque le bateau est plein : interdiction de changer de table. L'étau se referme. Seule échappatoire, la diète ou une prise de repas au self-service. Nous écartons à priori ces deux solutions extrêmes. On aura bien compris que les excursions possibles à chaque escale ne sont qu'une aventure mineure au regard des diners. Voici le compte-rendu fidèle des deux premiers.

19 décembre

Jour de l'embarquement à Savone - 18H45, début du service. Nous sommes ponctuels et affamés. Ce premier diner est capital, car nous allons découvrir les quatre clients que Costa a jugé bon de nous associer. La table est vide, nous faisons la connaissance de nos deux serveurs philippins. Ils ont la bonne tête des vieux routiers du Costa. Pour la nourriture, on devrait être en sécurité. 19H, pas de convives à l'horizon. La table voisine est remplie d'un lot de Français qu'on est content d'avoir évités. Ils jettent des regards moqueurs dans notre direction. Le serveur-chef décide de prendre notre commande, tant pis pour les retardataires si toutefois ils existent. 19H15, nous attaquons joyeusement le plat principal lorsque se présente brutalement un couple de jeunes asiatiques qui semblent débarquer d'une autre planète. Ils parlent une langue bizarre et s'assoient en face de nous. Le garçon a l'œil vif, quoique nettement bridé, la demoiselle roule lentement ses yeux en amande. Corée ? Japon ? Chine ? Je bredouille quelques mots d'accueil en anglais et le garçon me répond en souriant dans un excellent français. Le serveur-chef ne se hâte pas pour prendre leur commande, il veut certainement les punir. Une certaine gêne s'installe, nous mâchons aussi lentement que possible. Rien à faire, on finit le repas, ils le commencent à peine. Deux convives manquent encore à l'appel. Le jeune homme a eu le temps de nous avouer qu'ils sont Chinois. Il arrive tout droit de Reims. Ça se complique. Alors, comme le Français n'est pas charitable, pour nous venger de leur retard, on les plante au dessert. On ne devrait plus les revoir avant longtemps.




20 décembre

Jour de l'escale à Barcelone – 18h45 . Toujours à l'heure, la table est déserte. Quelques minutes s'écoulent et nos jeunes chinois, puisque maintenant on en est sûr, s'installent tout sourire en face de nous. La demoiselle glousse en cachant sa bouche d'un geste gracieux. La conversation s'engage en français, le jeune homme traduit pour sa compagne. L'interrogatoire peut commencer. Ils viennent de Shanghai et nous de Cannes ( en réalité de Saint Raphaël mais qui connait cette ville en Chine ?) Par un accord tacite, on renonce à indiquer nos identités, car je crains le pire si je devais prononcer leurs prénoms. Par commodité, je désignerai donc la jeune fille par « Lei » et le jeune homme par « Chang ». Donc, Chang poursuit ses études dans une École de Commerce à Reims depuis déjà deux ans à l'occasion d'un échange d'étudiants entre la Chine et la France et Lei fait la même chose dans une École de Commerce à Ecully c'est-à-dire Lyon. Sylvie est une puéricultrice reconvertie très tôt dans la peinture et moi un ex-ingénieur de la feue sidérurgie française. Chang semble impressionné par ma formation d'ingénieur spécialisé comme si en Chine cela était supérieur à la formation commerciale. En France, ce serait plutôt le contraire, Polytechnique, Normal Sup, l'ENA, HEC ne sont-elles pas mieux cotées que Supélec, Arts et Métiers, Physique et Chimie et autre École d'ingénieurs qui préparent à une vraie activité technique de haut niveau ? Passons. L'occasion est trop belle, la discussion s'oriente vers la peinture et Sylvie raconte l'histoire du tableau franco-chinois qu'elle a réalisé avec Zhou Zhilong. Chang écoute attentivement, il traduit à Lei qui sourit, et finalement il promet qu'il essaiera de nous renseigner sur l'actualité de Zhou Zhilong en Chine. Décidément, ces jeunes sont bien sympathiques.

Nous apprendrons plus sur cet immense pays en 7 repas qu'en 70 ans d'éditoriaux de TF1 même après avoir lu le prémonitoire « Quand la Chine s'éveillera...le monde tremblera» de l’admirable Alain Peyrefitte.

Épilogue
Quelques semaines après le retour de croisière, Sylvie recevait ce délicat courrier :

 Bonjour Madame Lefevre,

Je vous souhaite d'abord une très bonne année 2010.

C'était un peu dommage que nous n'avons pas pu diner ensemble pour deux derniers jours de la croisière comme j'étais un peu malade. Je viens de me connecter à votre site personnel et ai vu le tableau sur lequel vous avez collaboré avec Mr Zhou Zhilong.

Mr Zhou est toujours renommé en Chine
et il est encore actif dans son domaine aujourd'hui. J'ai trouvé un interview fait en Septembre 2009 sur lui sur le site de China Commercial Online. Je vais essayer de trouver ses coordonnées pour que vous puissiez reprendre contact avec lui.

Amicalement,

Zijin


23 nov. 2009

"Le juste et le vrai" suite et fin

Ouf ! J'atteins la fin du pavé. Il est six heures du matin et je me rendors sans difficulté. J'utilise souvent l'effet soporifique de la lecture des philosophes pour écourter mes insomnies. Raymond est un bon somnifère, il rabâche tristement son credo : tout est raison avec cependant une grosse difficulté avouée à la fin du livre, il ne sait pas comment définir précisément ce mot raison. Il serait polythétique selon lui ou dit plus simplement, il aurait plusieurs définitions possibles. Cela n'empêche pas Raymond de passer au lance-flammes toutes les publications de ses collègues philosophes, sociologues et autres margoulins sauf un, Tocqueville, dont il s'est visiblement entiché. Il ignore superbement les jeunes penseurs de la génération montante qu'il traite de « bateleurs médiatiques». Il ne cite Platon qu'une fois et Max Weber cinquante fois ! La coupe est pleine, Raymond Boudon n'est plus mon ami, hic et nunc, pour reprendre son toc.


Alors pour ne pas tomber dans le même travers que lui, je ne dis pas que tout est à jeter. Faut trier, faut faire simple. Je retiendrai deux convictions générales et deux ou trois « amecdotes » comme disait Coluche qui me serviront immédiatement.

Je vais me concentrer.

8 nov. 2009

"Le juste et le vrai" à la sauce Boudon

Une question qu'il est temps que je me pose. Merci, Amazon dont je suis un fidèle client et qui a vite repéré que la lecture du livre éponyme de Raymond Boudon me ferait le plus grand bien. J'avais déjà lu de lui « Raisons, bonnes raisons » mais j'ai tout oublié alors je replonge.


Arrive le pavé de 575 pages. Passons sur l'intro, plus de 40 pages tout de même, Raymond - il me pardonnera cette familiarité, car je suis maintenant un de ses fidèles - ne fait pas dans la concision. C'est un philosophe-sociologue bien introduit dans l'establishment,il est mon aîné de un an ; à cet âge, on radote un peu.

Sa thèse, pour résumer l'affaire en trois lignes, est que nos croyances, vraies ou fausses, ne sont pas le fruit du hasard, mais d'un raisonnement individuel. Ce qu'il appelle « les bonnes raisons » en notant que ces raisons peuvent être justes ou totalement erronées.

Voilà qui n'est pas rassurant. Au passage Raymond n'est pas tendre avec ses collègues qui font appel à l'irrationnel pour expliquer nos croyances : Freud, Lévy-Brühl et bien d'autres sont proprement étripés. Les philosophes ne sont pas charitables. J'attaque courageusement les 535 pages restantes.

2 nov. 2009

Facebook, on se calme

Mission remplie, je suis un nouveau facebooker. Mes amis sont les membres de ma famille qui ont bien voulu m'accepter, un début. Surprise : mon mur, puisque maintenant j'ai un mur pour m'épancher, se recouvre rapidement d'un tas d'évènements qui ne me concernent pas et qu'on m'invite à commenter. Ça me stresse, car je n'ai rien à dire et même quelquefois je ne comprends pas le message initial. Alors, j'envoie d'un clic l'image d'une main avec le pouce levé, heureusement ce n'est pas l'index. Bref, difficile de faire plus indiscret et je comprends maintenant pourquoi les cabinets de recrutement se jettent sur facebook, on devrait leur interdire. Et la vie privée ? Bordel!

26 oct. 2009

Réseaux sociaux

Cinq ans d'incubation depuis la création de ce blog et sa mise en veilleuse pour cause de paresse.


La vie est faite de rencontres alors vient le déclic : une invitation de HEC à suivre en direct de Paris une vidéoconférence sur « Les réseaux sociaux changent-ils vraiment notre vie ? ». J'y cours, c'est ma première fois en direct et le sujet m'intrigue. Trois blogueurs bien connus ( pas de moi) sont là : Bertrand Dussauge, Pierre-Yves Poulain et Nicolas Vanbremeersch. Deux remarques s'imposent.

1- Ils ont l'air normaux. Jeunes, mais pas trop. Ils projettent des slides et s'y perdent un peu comme au bon vieux temps. Leur tenue vestimentaire est presque classique sauf peut-être la veste dont le revers est bordé d'un galon coloré, j'adore.

2- Ils vivent de ça et semblent bien nourris

J'écoute attentivement. Les réseaux sociaux se développent dans tous les domaines. Le plus dur est de commencer. Être patient, la récompense viendra. En attendant, j'achète le livre de Nicolas « de la démocratie numérique ».

Conclusions : je replonge dans mon blog, je m'inscris aux « Copains d'avant » pour rejoindre ma fille et mon fils, je m'inscris à Facebook pour être dans le vent, je m'inscris à Viadeo pour faire sérieux. Rendez-vous dans cinq ans.